Philippe Cognée
Philippe Cognée
invité d’honneur du 27e Salon Page(s, 2025Page(s invite le peintre Philippe Cognée et expose un bel ensemble de ses livres d’artiste. Et quelques-uns de ses tableaux.
Philippe Cognée est l’un des peintres vraiment en vue aujourd’hui ; son oeuvre, protéiforme, interroge notre époque, troublée, notre monde, en recomposition.
Ce peintre qui dérange (il sait créer de somptueux paysages, de forêts notamment, mais ses forêts sont celles de notre temps, menacées par la déforestation et les incendies), ce peintre s’efforce de représenter le monde, comme il est et tel qu’il devient. Les fleurs qu’il peint sont splendides — mais parvenues au stade ultime de leur beauté. Ce sont bien des natures mortes… Oui, mais pour de nouvelles germinations.
Philippe Cognée a rehaussé de dessins, d’aquarelles souvent, parfois de gravures ou de gouaches, une trentaine de livres. On en découvrira quelques-uns qui seront montrés, avec d’autres, lors de la modeste exposition organisée par Page(s au Palais de la Femme. Avec d’autres oeuvres, estampes et peintures, que l’artiste a bien voulu nous prêter.
Alain Gorius
L’humidité, la chaleur, la latérite, cette terre très rouge, le sacrifice des moutons lors de l’Aïd… les marchés, avec les carcasses pendues au milieu des mouches, les odeurs… Tout cela allait se traduire dans le travail, forcément. Cette proximité, cette immédiateté par rapport au monde, qui est un peu caché dans nos sociétés, allait sans doute m’amener à travailler sur les matières : elles ont une grande importance pour moi ; l’olfactif également… Tous ces éléments de mon travail viennent de l’Afrique.
Si le poète a effectué un vrai travail d’écriture, je dois faire de même. Il faut qu’il y ait une équivalence d’énergie dans la mise en place.
Je regarde le monde. Mon travail n’est pas du tout narratif ; il est objectif. Je regarde le monde, et le place dans mon champ pictural. Après, bien sûr, il y a l’écriture, c’est le style, la force de ce qu’on dit à propos du monde tel qu’il est. Ce qui m’intéresse, c’est d’être à ma juste place dans ce monde-là.
Il y a eu deux phases dans mon travail : la première, reliée à la mémoire : de retour d’Afrique, cette volonté d’emprunter à la mythologie africaine, celle du Bénin, mais aussi à la mythologie européenne, grecque, romane… je voulais conjuguer ces deux aspects.
C’est très compliqué de travailler sur le livre. Il ne s’agit pas d’illustrer, mais d’être en écho et de trouver la bonne mesure… Il faut parvenir à une équivalence dans la peinture, par rapport au texte. Balancer son travail habituel sur la page, ce n’est pas intéressant. J’ai mis deux ans avant de trouver le juste ton, pour accompagner Bernard Noël aux éditions de l’Ariane. Parfois, ça bloque…
Si c’était facile, ce serait inintéressant. L’intérêt, c’est le défi. Je dois bientôt accompagner le dernier texte de Pierre Michon, qui est hyper chaud, chez Tarabuste. C’est tellement chaud que je ne sais comment le travailler — mais il faut que ce soit à la hauteur du texte. Il va falloir beaucoup de temps ! pour trouver les cinq ou six images correspondant à cette puissance du texte. En fait, il s’agit à chaque fois de cultiver des terrains que l’on ne connaît pas.









































